« Un bâtiment intelligent utilise les données pour optimiser son fonctionnement, l'expérience des utilisateurs et les coûts », explique Andreas Backer, chef de produit pour les solutions numériques chez KONE. C'est précisément là que réside la différence fondamentale par rapport aux bâtiments classiques. Les informations ne sont pas seulement collectées, mais également analysées et utilisées pour prendre des décisions concrètes.
Ce qui rend vraiment un bâtiment « intelligent »
Le terme « Smart Building » est souvent utilisé à tort et à travers. Or, la technologie à elle seule ne suffit pas à rendre un bâtiment intelligent. Ce n’est que lorsque les données provenant de différentes sources sont regroupées, analysées et exploitées pour des processus automatisés qu’une véritable valeur ajoutée voit le jour.
Alors que les solutions de « maison intelligente » (Smart Home) se concentrent principalement sur le confort de chaque occupant, le « bâtiment intelligent » (Smart Building) traite de problématiques nettement plus complexes. Les exploitants souhaitent optimiser l’efficacité des processus, réduire les coûts énergétiques, renforcer la sécurité et, parallèlement, améliorer le confort des utilisateurs.
Ces objectifs centraux peuvent être regroupés en quatre domaines :
- Efficacité
- Confort
- Sécurité
- Durabilité
Prenons l’exemple simple du nettoyage des espaces de bureaux. Lorsque des capteurs et les systèmes du bâtiment détectent qu’une salle de réunion n’a pas été utilisée depuis plusieurs jours, le nettoyage peut être adapté en fonction des besoins. Cela permet d’économiser du temps, des ressources et de l’argent.
L'ascenseur fait désormais partie intégrante du bâtiment numérique
« L'ascenseur passe du statut de moyen de transport autonome à celui d'élément intégré au réseau du bâtiment. » Andreas Backer – Chef de produit
Traditionnellement, l'ascenseur était avant tout un moyen de transport. Dans les bâtiments modernes, il devient de plus en plus une source d'informations connectée.
Les ascenseurs modernes collectent aujourd'hui une multitude de données d'exploitation. Ils savent, par exemple, à quelle fréquence certains étages sont desservis, quel est leur taux d'utilisation ou si des anomalies techniques surviennent. Ces informations peuvent être mises à la disposition d'autres systèmes du bâtiment.
Parallèlement, l’ascenseur peut lui-même recevoir des informations. Cela ouvre de nouvelles possibilités pour la gestion des flux de personnes, l’intégration dans des systèmes d’accès ou encore l’automatisation des processus de maintenance.
Les API, un langage commun pour la gestion technique des bâtiments
Pour que différents systèmes puissent communiquer entre eux, il faut des interfaces standardisées. C’est précisément là qu’interviennent les API.
Pour simplifier, les API fonctionnent comme des interprètes entre différentes applications. Elles permettent aux systèmes de gestion des bâtiments, aux contrôles d’accès, aux applications ou aux robots d’échanger des informations avec l’ascenseur.
Autrefois, la communication dans le domaine de l’automatisation des bâtiments s’effectuait souvent via des câblages complexes. Chaque fonction supplémentaire nécessitait de nouveaux câbles et des adaptations du matériel. Les interfaces modernes basées sur des logiciels fonctionnent en revanche via des réseaux et peuvent être étendues de manière nettement plus flexible.
L’avantage : de nouvelles applications peuvent être intégrées sans avoir à remanier complètement les systèmes existants.
Quand les données des ascenseurs apportent une réelle valeur ajoutée
Cela devient particulièrement intéressant lorsque les données générées par l'ascenseur sont exploitées activement.
La maintenance prédictive constitue l’un des domaines d’application. Des capteurs détectent à un stade précoce les changements dans le fonctionnement et signalent les besoins éventuels en maintenance avant que des pannes ne surviennent. Les gestionnaires d’installations reçoivent ces informations directement dans leurs systèmes et peuvent ainsi planifier de manière ciblée les interventions de maintenance.
Les utilisateurs du bâtiment en bénéficient également. Les informations relatives à la maintenance ou aux dysfonctionnements peuvent être diffusées automatiquement via des applications ou des panneaux d’affichage numériques.
De plus, les ascenseurs fournissent des données précieuses pour la gestion du bâtiment. Les mouvements de l’ascenseur et les informations sur la charge permettent de tirer des conclusions sur l’utilisation du bâtiment.
Si l’on sait à quels étages se trouvent un nombre particulièrement élevé de personnes à certains moments, les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation peuvent être régulés de manière plus ciblée. Or, ces installations comptent justement parmi les plus gros consommateurs d’énergie d’un bâtiment.
Le confort commence dès l'entrée du bâtiment
C'est surtout en matière de confort que les concepts de « smart building » sont particulièrement perceptibles pour les utilisateurs.
Ainsi, les systèmes modernes d'accès et de communication peuvent appeler automatiquement l'ascenseur alors que les résidents ou les visiteurs se trouvent encore en chemin entre l'entrée et le hall d'ascenseur. Cela réduit les temps d'attente et améliore la circulation des personnes dans le bâtiment.
Une autre avancée consiste à relier le contrôle d’accès, la sélection de destination et l’application dédiée au bâtiment. Les utilisateurs s’authentifient une seule fois, puis sont automatiquement guidés vers leur étage.
« Plus l’ascenseur est appelé tôt, plus les temps d’attente diminuent », comme le montre l’expérience tirée de projets déjà mis en œuvre.
L’immeuble de bureaux berlinois Cube illustre bien jusqu’où cette intégration peut aller aujourd’hui. Dans ce bâtiment, la gestion technique du bâtiment, les systèmes d’accès, la commande de sélection de destination et les services numériques fonctionnent en étroite collaboration afin de permettre un accès aussi fluide que possible au bâtiment.
Quand les robots prennent l'ascenseur
Un autre domaine prend actuellement une importance croissante :
Les robots de service autonomes
Les robots de nettoyage, les robots de transport ou les systèmes logistiques sans conducteur ne peuvent souvent accomplir leur travail de manière entièrement automatisée que s’ils sont capables de se déplacer de manière autonome d’un étage à l’autre.
C’est là que l’ascenseur joue un rôle clé :
Grâce à des interfaces ouvertes, les robots peuvent appeler les ascenseurs, se rendre à différents étages et accomplir leurs tâches sans intervention humaine.
Cela permet de réaliser des gains d’efficacité considérables, notamment dans les hôpitaux, les établissements de soins, les hôtels ou les grands immeubles de bureaux.
La numérisation commence dès la phase de planification
De nombreux projets d'intégration échouent non pas à cause de la technologie, mais en raison d'un manque de coordination.
Souvent, les ascenseurs, les systèmes d'accès, la gestion technique des bâtiments et d'autres installations sont conçus indépendamment les uns des autres. Ce n'est que peu avant la fin du projet que se pose la question de savoir comment les différents systèmes doivent communiquer entre eux.
C'est pourquoi il est judicieux de définir dès le début les exigences en matière d'intégration et de veiller à ce que les produits choisis disposent d'interfaces ouvertes.
Ce sujet revêt également une importance croissante dans le parc immobilier existant. De nombreux systèmes de commande d’ascenseurs installés il y a 20 ou 30 ans ne répondent plus que partiellement aux exigences actuelles.
Quiconque envisage de toute façon une modernisation devrait donc tenir compte non seulement du renouvellement technique, mais aussi de la connectivité numérique.
Conclusion
Les bâtiments intelligents ne naissent pas de produits intelligents pris isolément, mais de l'interaction entre de nombreux systèmes. L'ascenseur évolue ainsi de plus en plus, passant d'une simple solution de transport à un élément actif de l'automatisation des bâtiments.
Les interfaces ouvertes constituent la base nécessaire à l’échange de données, à l’automatisation des processus et à la mise en œuvre flexible de nouvelles applications. Qu’il s’agisse de maintenance prédictive, de gestion intelligente des bâtiments, de systèmes d’accès automatisés ou d’intégration de robots : bon nombre de ces technologies sont déjà disponibles aujourd’hui.
« L’ascenseur fait désormais partie intégrante du bâtiment intelligent », résume Andreas Backer. Et c’est précisément cette évolution qui devrait continuer à gagner en importance dans les années à venir.